mardi 23 août 2016

Un forum social pas très mondial...

Le dimanche 14 aout se concluait - au même moment où fusaient les bannières et drapeaux arc-en-ciel de la Fierté gay - le 1er Forum social mondial organisé dans un pays du Nord.
Né à Porto Alegre en 2001, ce rassemblement des organisations alter-mondialistes à travers le monde avait pour objectif de contrer l’influence du Forum économique du Davos. Dans le contexte du début des années 2000, marquées d’une part par le dogme de la pensée unique, de la «fin de l’histoire», et d’autre part, par la résilience d’un discours raciste voué à justifier de nouvelles guerres impérialistes notamment au Moyen-Orient, revendiquer un autre monde que celui du capitalisme triomphant pouvait arborer un caractère franchement progressiste.
Lors de la précédente édition, tenue à Tunis en 2013, le comité organisateur a décidé que l’édition de 2016 ait lieu à Montréal. Il ne fait aucun doute que les membres de ce comité ont été séduits par l’historique grève étudiante de 2012 et par le mouvement Idle No More, preuve que la mondialisation affecte aussi les peuples du «Nord», un point qui se défend aux vues de la conjoncture économique, politique et sociale actuelle.
Trois ans plus tard cependant, la lune de miel semble avoir décru: les organisations et individus du «sud» se sont plaints à maintes reprises avant même que ne soit lancé le coup d’envoi de la mobilisation des couts exorbitants associés au voyage. À cela s’est ajouté le marathon administratif pour obtenir un visa d’entrée au pays. D’ailleurs, les précédentes éditions (à l’opposé de celle-ci) comptaient sur un certain appui des autorités, ce qui facilitait la tâche aux participants.
Résultat: à deux jours du début du Forum, plus de 200 demandes de visas formulées par des militants palestiniens, asiatiques, africains et sud-américains avaient été refusées. Le problème n’avait rien de surprenant: dès le début, bon nombre d’organisations avaient critiqué le choix de Montréal pour cette raison. Parmi les personnalités refusées, on compte le Président du Syndicat des travailleurs postaux de Palestine dont l’organisation a enjoint les organisateurs du Forum à choisir un pays hôte «qui permette aux militants de tous les pays et de tous les profils sociaux de participer à l’évènement». À ce syndicaliste s’ajoute l’intellectuelle malienne Aminata Traoré (qui devait participer à l’une des grandes conférences), une des voix fortes du «féminisme» africain. Même si les services frontaliers se sont  éventuellement ravisés, elle a préféré boycotter l’évènement en solidarité avec tous ceux qui n’ont pas été bienvenus au Canada.
Tel que prévu par les organisateurs donc, la très vaste majorité des participants au Forum (plus de 80%) provenait du Québec, ce qui n’est en rien différent des dernières éditions.
Malgré ces ratées, les organisations québécoises conviées n’ont pas boudé l’évènement pour autant. Conscients de la couleur locale du Forum, les participants se sont sans doute rappelé le succès - certes très mitigé - du Forum social des peuples organisé à Ottawa en 2014. Cette rencontre, à laquelle la Ligue de la jeunesse communiste avait d’ailleurs participé, avait permis aux mouvements sociaux de partout au pays de faire valoir leurs positions et de dégager, dans la mesure du possible, un plan d’action commun pour instaurer un changement à travers le Canada. Ce Forum social mondial à saveur nord-américaine aurait pu, dans un contexte pré-électoral aux États-Unis et de nouveau gouvernement au Canada, être l’occasion de discuter d’actions conjointes pour une campagne pour la dissolution de l’OTAN et le retrait de ses États-membres, pour la diminution des émissions de gaz à effet de serre, pour mettre les multinationales au pas, affirmer notre solidarité avec les peuples tels que le peuple cubain, palestinien, saharaoui, brésilien ou encore avec les peuples africains qui se mobilisent contre le modèle néo-colonial qui leur est imposé.
On ne peut donc imputer la faible mobilisation au manque de participation internationale: ce n’est certainement pas pour cette raison que les syndicats ont été lents à s’engager dans le projet et à promouvoir l’évènement, ce n’est certainement pas pour cette raison non plus que la manifestation d’ouverture n’a compté que 2000 participants tout au plus - moins qu’une marche du 1er mai - avec l’absence notable des organisations étudiantes du Québec et du Canada. Ce n’est probablement pas non plus pour cette raison que les ateliers organisés durant les trois premiers jours de ce rassemblement - parfois se sommant jusqu’à plusieurs dizaines en même temps - ne comptaient que sur une vingtaine de personnes aux mieux et, au pire, sur deux individus seulement.
La mitigation du succès du Forum social mondial 2016 a certes été exacerbée par le fait qu’il ait été organisé dans le tétrasphère nord-ouest, soit dans le quart-monde développé, à un jet de pierre des entrailles de la bête impérialiste, mais il reste que la cause profonde des difficultés rencontrées provient sans doute de la formule même des forums sociaux mondiaux.
Effectivement, si, pour le peu que l’on se déclare contre la mondialisation (peu importe qu’elle soit culturelle, politique ou économique), on peut y entrer comme dans un moulin, il n’est en rien étonnant que des ateliers condamnant le droit à l’autodétermination du peuple Saharaoui habitant la dernière colonie d’Afrique endossés par l’impérialisme marocain ou alors que le FSM se refuse de soutenir la campagne de Boycott Désinvestissement Sanctions contre l’apartheid israélien. Il y a fort à parier que dans les mouvements pro-sionistes et pro-occupation marocaine, existe une frange alter-mondialiste comme il existe, dans le mouvement pour la Paix, une frange pacifiste qui refuse de condamner l’OTAN… Même des organismes comme Oxfam, l’impérialisme au visage humain, y sont les bienvenus. Les partis politiques cependant n’y ont pas droit de cité.
C’est que les Forums sociaux mondiaux ne prennent pas parti…
Au-delà du jeu de mots, il reste que l’idée même selon laquelle il serait possible de changer le monde à l’aide d’ONGs et à coups de critiques vaseuses de la «mondialisation» (et non de l’impérialisme) - une notion floue et définie par idiosynchrasies - a fait son temps. Les mouvements sociaux conviés en 2001 à Porto Alegre ont certainement apprécié, dans le contexte de l’époque, cette bouffée d’air. Aujourd’hui, les plus combatifs d’entre eux ont tôt fait d’en percevoir les limites et se tournent vers d’autres horizons. En effet, il n’est plus tellement question de se répéter qu’un autre monde est possible, nécessaire. L’heure est plutôt à la mobilisation: que faire pour bâtir ce monde à la hauteur de nos attentes?
Les Forums sociaux ne peuvent certainement pas répondre à cette question s’ils refusent de poser la question de la prise de pouvoir politique en interdisant formellement les partis politiques. Ils ne peuvent non plus y répondre s’ils refusent de s’attaquer à l’impérialisme et en acceptent même des représentants en leur propre sein.   Sans déclaration finale, quelles propositions d’actions peuvent être formulées pour les prochaines années?
Avec un tel évènement, nos dirigeants peuvent dormir sur leurs deux oreilles… D’ailleurs, comble du comble, le Canada, un pays impérialiste, a même financé le FSM! 

Sans illusions, mais présents

Qu’à cela ne tienne, la Ligue de la jeunesse communiste ainsi que le Parti communiste du Québec ont décidé, sans illusions, d’utiliser le Forum social mondial comme plate-forme pour accroitre leur visibilité auprès des mouvements sociaux du Québec. «Au cours de la semaine, nous avons distribué plusieurs centaines de tracts et journaux en plus de tenir une table politique à l’entrée du Forum social. Nous avons ainsi pu engager plusieurs conversations intéressantes et créer de nouveaux contacts», nous dit Marianne Breton-Fontaine, membre du Comité central exécutif de la Ligue de la jeunesse communiste du Canada.
La LJC-Q a de plus organisé une conférence sur la paix et l’anti-impérialisme, une occasion de promouvoir le 19e Festival mondial de la jeunesse et des étudiants qui se déroulera à Sotchi en octobre 2017. Cette conférence a pu compter sur la participation de deux représentants du front Polisario qui ont exposé la situation à laquelle est confronté le peuple saharaoui après plus de 40 ans d’occupation marocaine illégale.
Adrien Welsh, animateur de la discussion, en a profité pour réaffirmer les liens profonds de solidarité entre la Jeunesse communiste du Canada et la jeunesse du front Polisario (UJSARIO): «nous sommes liés par un combat commun, une cause commune: en finir avec l’impérialisme qui, du Sahara à Ramallah et de Kuujjuaq à Caracas, perpétue la guerre, la mort et la destruction. Nous dénonçons par ailleurs le Forum social mondial pour avoir permis dans son enceinte une conférence vraisemblablement organisée par le palais de Rabat afin de déverser une propagande mensongère contre combattants de la Liberté du Sahara occidental. Nous réaffirmons notre solidarité sans faille avec le peuple et la jeunesse saharaouis et leurs seuls représentants légitimes, le front Polisario et l’UJSARIO. Notre solidarité ne s’arrête pas aux mots: nous sommes prêts à nous mobiliser et être les dignes ambassadeurs - car pour le moment, le Canada est l’un des seuls pays au monde à n’avoir aucune relation diplomatique avec le Sahara occidental - du Sahara occidental souverain. Nous réclamons la tenue du référendum sur le droit à l’autodétermination du Sahara occidental tel que proposé par l’ONU, la libération des prisonniers politiques de Gdeim Izik. Alors que le Canada s’apprête à signer un accord de libre-échange avec le Maroc, nous devons nous mobiliser afin de nous assurer qu’a minima, la souveraineté du Sahara occidental y soit reconnue afin d’empêcher que des entreprises minières (comme c’est le cas en ce moment) pillent les ressources de phosphate de cette nation nord-africaine. Ṣaẖarāwi, Ṣaẖarāwīya, īdi f-īdak ẖaṭṭa l-ẖuriya! (Saharaoui, Sharaouie, mains dans la main jusqu’à la liberté!)
Le Parti communiste, invité par le  journal People’s Voice, a quant à lui organisé une conférence sur la nécessité de construire un front populaire rejoignant tous les exploités du Canada à commencer par les travailleurs, les étudiants, la jeunesse, les femmes, les petits producteurs agricoles, les peuples autochtones, bref rejoignant tous ceux qui, des dires de Liz Rowley, chef du parti, «sont affectés par le capitalisme». De fait, «nous partageons tous un même intérêt: faire fléchir le pouvoir des grandes compagnies. Certes, il ne s’agit pas encore du socialisme, mais en nous mobilisant tous ensemble pour une démocratie avancée, pour l’égalité nationale, pour la gratuité scolaire et le renforcement des services publics entre autres, la nécessité de rompre avec le capitalisme s’imposera d’elle-même. Au point où nous en sommes, il ne reste qu’à choisir son camp. Nous, communistes, avons choisi depuis bientôt 100 ans le camp des exploités, de ceux qui n’ont rien à perdre autre que leurs chaines. Nous savons que le chemin sera sinueux, long et tortueux, mais nous sommes plus nombreux et dans l’unité, nous pouvons et nous allons gagner.»

jeudi 23 juin 2016

Invitation à une conférence sur les Relations actuelles Cuba-États-Unis

La Caravane d’amitié Québec-Cuba vous invite à une conférence suivie d’une soirée festive avec les musiciens Gabo et Platon.  Cette soirée est en appui à la 27e campagne contre le blocus d’IFCO-Pastors for Peace (États-Unis) et à Radio Centre-Ville.


Le conférence << Relations actuelles Cuba-États-Unis: résistance cubaine aux pressions étasunienne >> sera donnée par Arnold August, écrivain et journaliste, récipiendaire du prix de journalisme de grande distinction Félix Elmuza, octroyé par l'Union des journalistes de Cuba (UPEC).

Cette activité traitera de l'historique des relations entre Cuba et les États-Unis du point de vue cubain. Beaucoup d'attention sera donnée aux plus récentes négociations entre Cuba et les États-unis entamées il y a moins d'un an et la résistance cubaine aux pressions idéologiques et politiques des États-unis. La conférence sera suivie d'une période d'échanges.


Il y aura une séance de dédicace du livre de M August :
«Cuba y sus vecinos: Democracia en movimiento»
«Cuba and Its Neighbours: Democracy in Motion»


Jeudi 30 juin à partir de 19 h 30
Café l’Auditoire
5214 boulevard Saint-Laurent, Montréal (Québec)


Contribution solidaire suggérée: adultes 10 $  (nourriture latino-américaine et boissons sur place!)

Avec l’appui du Consul général de la république de Cuba à Montréal, Monsieur Alain González González, de la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba et de l’équipe hispanophone de Radio Centre-Ville.

lundi 30 mai 2016

Entretien avec Noor Zaheer, militante communiste indienne

Noor Zaheer, militante du Parti communiste de l’Inde (PCI), présidente de la branche de Delhi de la Fédération nationale des femmes indiennes et écrivaine de renom était de passage à Montréal dans le cadre d’une tournée canadienne qui s’est clôturée le 21 mai avec une allocution au 38e Congrès du Parti communiste du Canada.

Elle s’est entretenue avec la rédaction de Clarté, l'organe du Parti communiste du Québec, au sujet des développements politiques en Inde depuis l’élection du gouvernement nationaliste de droite de Modi.

Clarté: Le régime de l’actuel président Modi du parti nationaliste BJP a été qualifié par le PCI de fasciste. Peux-tu nous en dire un peu plus?

Noor Zaheer: Le fascisme de Modi s’articule à plusieurs niveaux. C’est d’ailleurs ce qui le rend difficile à combattre: s’il était unidirectionnel, il aurait probablement été défait beaucoup plus facilement. Or, il opère à l’échelle individuelle, contre le mouvement des femmes, dans les organisations et institutions religieuses, contre les communautés, dans les institutions de l’État et contre les étudiants. Il est présent partout et il serait erroné de croire qu’il est en déclin.

Le mouvement des femmes a été particulièrement ciblé, en particulier les femmes musulmanes, puisque le gouvernement BJP tente d’imposer un code civil unique concernant la pratique religieuse, ce qui attaque de plein fouet les minorités religieuses, pas seulement les Musulmans, mais aussi les Chrétiens, les Sikhs, les Bouddhistes et les Parsis qui bénéficient jusqu’à maintenant d’une liberté de culte.

Le fascisme de Modi est aussi à l’origine d’une recrudescence des assassinats d’Intouchables. Les femmes intouchables quant à elles sont de plus en plus victimes de viols, surtout celles qui réclament justice.

Tout ça sont quelques exemples du fascisme du régime Modi, je ne sais pas pourquoi nous devrions édulcorer la réalité: il est là et nous devons nous mobiliser dès maintenant pour bâtir une riposte frontale contre le gouvernement du BJP.

Clarté
: Comment ce fascisme s’est-il installé dans la société indienne?

N. Z. À mon avis, le premier signe avant-coureur a été l’assassinat de Mahatma Gandhi. À cette époque, le BJP n’existaient pas, mais le Sangh Parivar [mouvement fédérant plusieurs associations désireuses d’instaurer l’hindouisme comme religion d’État en Inde et qui a entretenu des liens avec le fascisme de Mussolini dans les années 1930, NDR] a été reconnu comme commanditaire de l’assassinat de Gandhi. Au moment où l’interdiction du RSS [groupe paramilitaire nationaliste, NDR], l’un des principaux constituents du Sangh Parivar, a été levée, les problèmes ont commencé. Ils se sont reconvertis en organisation culturelle, ce qui leur a permis de passer sous le radar. Ils ont commencé à organiser des clubs de sport pour se rapprocher des jeunes.

Selon moi, les jeunes hindous se sont sentis un peu menacés par la création du Pakistan et ont été sensibles aux discours anti-musulman à cause de la propagande haineuse diffusée un peu partout. Le fascisme a donc été quelque peu sanctifié et a pris racine peu à peu.

Il ne faut pas oublier non plus qu’en Inde, il existe une forme de racisme jamais discutée: le système de castes. Nous avons essayé de pousser ce débat, mais le gouvernement indien l’a toujours esquivé. Cette forme de racisme, les nouveaux développements depuis l’élection du BJP et la crise capitaliste forment un mélange explosif qui a permis de paver la voie au fascisme.

Clarté: dans ces circonstances, comment vit-on le fait d’être une femme, progressiste et militante de surcroit?

N.Z.: C’est de plus en plus difficile chaque jour, chaque minute même! Pour moi, c’est d’autant plus difficile que ma fille est impliquée politiquement, donc je reçois des menaces du genre «tu devrais mieux éduquer ta fille». Toutefois, mon cas n’est pas unique: plusieurs mères viennent nous rencontrer pour chercher de l’aide pour les mêmes raisons. Nous essayons de répondre à leurs besoins notamment en les organisant et en les soutenant dans leurs luttes. Il reste qu’être une militante en Inde est très dangereux ces jours-ci: tous les jours, je me fais harceler par les Mullahs ou par les nazillons du RSS.

Clarté: depuis novembre dernier, les étudiants indiens mènent une âpre lutte contre le régime de Modi, en particulier à l’université Jawaharlal Nehru. Que penses-tu de l’importance de cette mobilisation dans la riposte contre le régime de Modi et que penses-tu que les étudiants canadiens et québécois pourraient faire pour témoigner de leur solidarité?

N.Z.: Le plus important dans cette mobilisation, c’est que les étudiants ont réussi à rejoindre plusieurs couches dont les travailleurs, les paysans et les femmes, ce qui est très encourageant pour la suite du mouvement. Si les luttes dans ce genre perdurent et se multiplient dans les trois années à venir, je suis confiante que le régime de Modi ne sera qu’un sombre chapitre de l’histoire indienne.

Concernant la solidarité avec le mouvement étudiant, la première tâche de la jeunesse et des étudiants canadiens est de promouvoir cette lutte par tous les moyens possibles, car il y a un silence total à ce sujet. Ils pourraient aussi organiser des actions de solidarité comme des piquetages devant les représentations diplomatiques indiennes à travers le pays. Même s’ils ne sont que quatre ou cinq avec un tract et une banderole, c’est assez pour piquer au vif le gouvernement qui accorde beaucoup d’importance à son image à l’international. Bien sûr, toute expression de solidarité est également bienvenue.

Clarté: il ne fait aucun doute que le fascisme de Modi soit lié aux problèmes de la question nationale non-réglée en Inde. Comment pensez-vous régler cette question en respectant le droit des peuples à l’auto-détermination et de façon démocratique?

N.Z.: C’est une question qui est de plus en plus discutée en Inde. En effet, la question nationale en Inde s’est imposée dans le débat politique d’une façon très violente. Par exemple, le Cachemire est sous occupation militaire, le Nord-Est où la situation est semblable dans trois États (Manipur, Assam et Nagaland), ce  qui a mené à des débats afin de savoir si l’Inde représente vraiment une nation ou si nous ne devrions pas former une fédération. Cependant, ces deux dernières années, toute discussion, tout débat politique ont été muselés. La proposition d’un État fédératif garantissant les droits nationaux de chaque population doit être discutée, car l’Inde est un pays trop diversifié pour que l’on parle d’une nation unitaire.

Clarté:
concernant la politique internationale et régionale, le gouvernement Modi a aussi créé des remous notamment en imposant un blocus au Népal après avoir voté une constitution progressiste.

N.Z.:
En effet, lorsque le blocus a été décrété, j’étais moi-même à la frontière. Le PCI était sur place également. Ce blocus est un acte imposé à 100% par l’Inde, le Népal n’a aucune responsabilité dans cette affaire si ce n’est que d’avoir voté une Constitution à l’image des aspirations du peuple népalais. La propagande indienne a fait valoir que les Népalais avaient l’intention d’empêcher le commerce transfrontalier, or il n’en est rien: pourquoi un pays dont 30% de la force de travail dépend du commerce avec l’Inde, qui plus est à l’économie ravagée à cause d’un séisme catastrophique, voudrait rompre ses relations commerciales avec son voisin? La vérité, c’est que Modi veut implanter une Constitution hindouiste en Inde alors que le Népal a voté une Constitution laïque et fédérative, ce qui a attiré les foudres du gouvernement indien.

Ceci illustre le fait que les pays qui désirent entretenir des relations d’égal à égal avec l’Inde ont eux aussi intérêt à défaire le gouvernement de Modi. Je suis confiante que lors des prochaines élections il sera battu, mais va-t-il accepter de laisser sa place? Ce n’est effectivement pas dans la logique fasciste, il est possible que par un truchement quelconque, il réussisse à se maintenir en place envers et contre la voix du peuple. Ainsi, nous devons nous maintenir mobilisés, être prêts à lutter sur tous les fronts et être prêts à cette éventualité. Pour le moment, nous devons donner plus de pouvoir aux jeunes et aux femmes qui sont au coeur de la riposte et nous devons leur offrir notre soutien total, car ils constituent une force considérable sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour renverser Modi.

mercredi 4 mai 2016

Fascismo nunca mais, 25 de Abril sempre!

Il y a quarante-deux ans, le 25 avril, à minuit quinze, on pouvait entendre partout au Portugal, Grândola Vila Morena sur les ondes radiophoniques. Cette chanson populaire de l’Alentejo décrit un village, Grândola, comme une terre de fraternité. Le régime fasciste de l’Estado Novo en place depuis 1933 - la plus longue dictature fasciste en Europe - considérait ce chant comme subversif et l’avait donc interdit, car propagateur d’idéaux assimilés au communisme. Sa diffusion sur la radio publique annonçait clairement qu’un nouveau jour se lèverait sur le Portugal, comme si la «terre de fraternité» rêvée dans Grândola Vila Morena s’étendrait sur l’ensemble du pays.





Au-delà du symbolisme, cette chanson diffusée aux petites heures de la nuit se voulait avant tout un signal marquant le début des opérations militaires qui allaient enclencher la Révolution des Oeillets, début de la libération de tout un peuple d’une dictature fasciste et sanglante. Elle a également pavé la voie à la libération de quatre des dernières colonies africaines (Angola, Guinée Bissau, Mozambique et Cap-Vert).

La Révolution des Oeillets a été initiée par le Mouvement des forces armées, soit un groupe de militaires dissidents opposés au régime dictatorial qui s’enlisait un marasme économique et dans des guerres coloniales particulièrement meurtrières en Angola et au Mozambique. Elle aurait pu se traduire par un simple passage à une démocratie libérale bourgeoise. Or, grâce à la lutte clandestine du Parti communiste portugais, seule force politique organisée durant les années sombres de la dictature, cette Révolution a pris des allures beaucoup plus radicales et progressistes que ne l’auraient souhaité les chantres de la ploutocratie européenne. Durant les semaines qui ont suivi la destitution du dictateur Marcelo Caetano, nombreux ont été ceux qui ont décrié «l’assassinat» de la démocratie au Portugal à cause du rôle accru du Parti communiste portugais dans le processus de transition démocratique et surtout dans leur participation à la rédaction de la nouvelle Constitution.

Et pour cause, ce texte dont nous célébrons cette année le 40e anniversaire, produit d’un compromis entre les forces révolutionnaires, les socialistes et quelques libéraux, affirme tout de même dans son article premier que «le Portugal est une République souveraine, basée sur la dignité humaine et la volonté populaire, qui s’engage dans sa transformation vers une société sans classes». De nombreux autres articles s’attaquent au capitalisme monopoliste et en préconisent la liquidation; garantissent le droit de grève et interdisent les lock-outs; entérinent la réforme agraire, définie comme «un des instruments fondamentaux pour la construction d’une société socialiste», ainsi que la nationalisation et la socialisation des moyens de production; identifient comme priorité l’amélioration des conditions de vie du peuple; font du Portugal un pays anti-guerre qui reconnait le droit des peuples à l’auto-détermination, refuse l’ingérence dans les différents conflits et préconise le désarmement tout comme la dissolution des «blocs militaro-politiques» (sous-entendu l’OTAN et l’Union européenne).

Sans aucun doute, il s’agit de la Constitution la plus progressiste d’Europe . Il n’est donc pas étonnant que la bourgeoisie monopoliste revancharde et nostalgique de l’ancien régime ainsi que les capitalistes européens se soient et continuent de s’affairer à une application plus que laxiste de la Constitution. Malgré sept modifications visant à la rendre plus compatible aux intérêts des grandes entreprises portugaises, européennes et internationales, elle demeure une référence en termes de cadre pour une démocratie avancée. Les violations constitutionnelles sont donc monnaie courante au Portugal: tous les gouvernements qui se sont succédé depuis quarante deux ans en sont coupables, qu’il s’agisse du Parti socialiste ou des partis de droite.

Le seul Parti qui, aujourd’hui, fait de la défense de la Constitution et des valeurs de la Révolution d’avril une priorité est le Parti communiste portugais qui la considère comme un outil important afin d’implanter une politique «patriotique et de gauche» au Portugal.

Comme l’affirme la Jeunesse communiste portugaise: «Lutter pour Avril, c’est lutter pour l’éducation publique, gratuite et de qualité, et ce, à tous les niveaux d’enseignement; c’est lutter pour le droit au travail et pour les droits du travail; c’est lutter pour l’accès universel et gratuit à la santé, au logement, à la culture et au sport; c’est lutter pour la démocratie; c’est lutter pour l’égalité de droit et concrète entre hommes et femmes; c’est lutter pour la souveraineté et l’indépendance nationale, pour la Paix et l’amitié entre les peuples; c’est lutter pour un Portugal développé et progressiste où les jeunes peuvent vivre heureux et accéder à leurs aspirations.» 

En outre, les jeunes communistes soulignent que : «ces valeurs sont toutes consignées dans la Constitution de la République portugaise qui célèbre ses 40 ans cette année. Elles continuent d’inspirer la lutte quotidienne des travailleurs, du peuple et de la jeunesse du Portugal.»

De notre côté de l’Atlantique, au Québec plus précisément, un important débat émerge des rangs de Québec Solidaire à l’occasion du Congrès annuel qui se tiendra à la fin mai. En effet, les membres du parti progressiste seront amenés à discuter des objectifs de l’Assemblée constituante, à savoir si celle-ci devra se prononcer clairement pour l’indépendance.

Malgré l’intérêt que peut susciter cette discussion, il reste qu’elle est sous-tendue par un calcul politicien moins louable susceptible de dévoyer tant le projet solidaire que le concept même d’Assemblée constituante, qui, comme nous l’indique l’exemple portugais, demeure avant tout lié à un rapport de forces à bâtir en faveur des forces populaires et contre le pouvoir des entreprises. Ainsi, Québec Solidaire, héritier de l’Union des forces progressistes, avait pour projet jusqu’à aujourd’hui d’unir les forces progressistes au-delà du clivage généré par la question nationale afin de poser les bases d’un Québec fondamentalement progressiste. En ce sens, la question de l’indépendance pouvait être vue comme un moyen, mais pas comme une fin en soi.

Or, lors du prochain congrès, la direction de QS soumet aux membres la possibilité de modifier l’objectif de l’Assemblée constituante afin que soit inscrite d’emblée la question d’indépendance. D’union des forces progressistes, QS deviendrait alors l’union des forces indépendantistes! Imposer l’indépendance à tout prix n’aide en rien le projet solidaire ni celui d’Assemblée constituante. Plutôt que de discuter de la forme dans laquelle les Québécois pourront exercer leur droit à l’auto-détermination, nous devrions nous affairer à mobiliser les forces vives et bâtir un rapport de force qui nous permettra d’imposer notre feuille de route, celle du peuple et construire une société québécoise à notre image, et pour ce faire, nous avons besoin du concours de tous les militants progressistes, qu’ils soient indépendantistes ou pas.